Questions à Elodie REGNOULT, volontaire en Service Civique au Comité d’Usagers de Bellevue, à Brest

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Elodie est aujourd’hui en service civique au Comité d’Usagers du Centre social de Bellevue depuis septembre dernier.

En quoi consiste ton engagement  ?

Mes missions de départ portaient sur l’axe « communication » avec l’idée de faciliter l’information aux adhérents du comité d’usagers et aux habitants du quartier. Cela s’est traduit par la mise en place de listes de diffusion et la mise à jour du fichier comprenant les coordonnées des adhérents. Pour l’information plus large, cela s’est traduit par des contacts avec la presse locale et par la mise à jour du site de Bellevue.

 Une autre mission portait sur l’axe « isolement » avec la mise en place d’un jardin partagé dans un micro-quartier populaire du quartier de Bellevue : Kerbernier. Le projet était déjà bien entamé mais je devais le porter pour la suite et en devenir la référente pour les habitants, un visage identifiable. Ensuite, pendant l’entretien de recrutement, j’ai fait savoir que dans mes études de sociologie, je m’intéressais à la famille quand je découvrais les axes enfance et famille du projet de centre. Ce qui fait que, dès le départ de mon service civique, j’ai été amenée, toujours dans l’axe isolement, sur le quartier de Kerbernier, à mener une recherche-action sur les familles monoparentales et leurs besoins éventuels. Je me suis ensuite greffée sur le réseau isolement du quartier qui réunit plusieurs partenaires et, récemment, je me suis appropriée un projet autour du 8 mars, après la sollicitation d’une association féministe qui diffuse des courts-métrages sur le thème des conditions des femmes. Je suis donc en train de tenter de monter un temps fort autour de cette idée là, avec, éventuellement pièce de théâtre, conférence, moments d’échanges et surtout des projets montés avec les habitants du quartier.

Comment as-tu connu les centres sociaux et pourquoi as-tu voulu « faire votre service civique » dans cette structure ?

J’ai connu les centres sociaux au moment de mon implication à la Cimade, association de soutien aux migrants, qui, à Brest, tient sa permanence au Centre social de Bellevue. Ensuite, l’envie de faire mon service civique dans cette structure relevait, d’une part, de ma connaissance des lieux et de quelques visages devenus aujourd’hui des collègues avec qui je m’entends très bien, d’autres part, de ma connaissance d’une partie de ce quartier dans lequel j’ai vécu et circulé quand j’étais en Cité Universitaire à Kergoat, également parce que m’impliquer dans un quartier populaire m’enthousiasmait parce que je m’y sensbien en général (très subjectif mais je trouve que le lien s’y crée plus facilement), enfin parce que les missions proposées me plaisaient.

Qu’est ce que t’apportes ou t’as apporté ton engagement ?

J’ai pu avoir une activité rémunératrice stimulante et pas strictement alimentaire. J’ai appris à animer des réunions. J’ai été sensibilisée à des questions sociologiques auxquelles je ne m’intéressais que peu auparavant dans ma formation (pour s’intéresser, il faut « avoir prise » et cette prise, je l’ai sur des choses nouvelles comme les questions de territoire urbain, logement public etc.… J’ai fait de chouettes rencontres, j’ai découvert le milieu des jardins partagés, j’ai pu valoriser ma formation hors les murs de la fac, j’ai pu prendre conscience de la demande sociale quant aux questionssociologiques et de la nécessité de se rapprocher des acteurs et actrices de notre terrain qui ne sont pas que des enquêtés mais peuvent aussi être des récepteurs de cette connaissance produite. J’ai pu travailler en autonomie, être responsable des actions que je menais sans être toujours chapeautée et je ne me suis jamais sentie subordonnée mais toujours d’égale à égale dans une entente collégiale. Je pense que ça m’a grandi. Et j’ai pu aussi couper le cordon avec la fac en m’appropriant un nouvel espace que j’aime beaucoup. J’ai pu avoir le sentiment de militer au sein même de mon boulot en permettant notamment aux femmes d’avoir accès à la mise en œuvre de projets de quartier, en créant un espace pour les enfants pendant nos réunions.

Que penses-tu avoir apporté au centre social ?

Il faut leur demander ! D’un point de vue le plus « objectif » possible, il est clair que la liste de diffusion que j’ai créée leur a changé la vie ! De plus, le fait que je vienne d’ailleurs et que ça ne fait pas 20 ans que je suis au Centre social, me permet d’avoir connu autre chose et d’apporter desidées nouvelles (notamment sur le déroulement des Portes ouvertes). En terme de temps, je soulage une de mes collègues sur l’axe communication. Je lui ai permis de ne plus rougir du site du quartier si je reprends ses mots car il n’étaitpas à jour. Après, c’est difficile à dire sans paraître prétentieuse mais je pense que chacun apporte énormément car nous sommes tous et toutes singuliers et singulières. Mon âge et tout ce qui va avec : mon envie de changer le monde, mon énergie fait que j’ai toujours envie d’inventer ce qui explique que je me greffe sur plusieurs projets qui peuvent parfois être nouveau pour le centre social. Ensuite, sur l’axe isolement, il n’y avait que le responsable du centre donc c’était pas mal que j’y sois aussi.

As-tu rencontré certaines limites à ton engagement ? Des frustrations ? Si oui lesquelles…

Au début, la frustration que mon service civique devait finir un an plus tard, j’avais envie de faire ça toute ma vie. Puis le manque de temps pour ma thèse me fait dire que ça me fera du bien en septembre d’avoir moins d’engagements de ce type même si je resterai en contact avec tous et toutes au travers de liens créés et peut-être de bénévolat. Sinon la seule limite, c’est le temps… mais ce n’est pas un souci d’horaires, mais simplement de mes multiples engagements ici et là. J’ai dû apprendre à faire des choix ! et ça c’est frustrant.

 

Quel message souhaites-tu faire passer aux volontaires qui souhaitent s’engager ?

D’avoir suffisamment confiance en elles et en eux pour se positionner comme je l’ai fait, c’est-à-dire en individu qui peut apporter beaucoup de sa propre richesse à la structure qui a besoin de diversité dans les idées ! Et d’oser l’autonomie, c’est plus formateur que d’être subordonnée. Être acteur, réfléchir et pas prendre les idées des ordres en intraveineuse, ne pas se faire simple exécutant. Mais ça, c’est valable dans tous les espaces de la vie. Si on considère que les autres sont une richesse, il n’y a pas de raison qu’on ne soit pas une autre à notre tour.